Cher Monsieur Travelletti,
Je vous remercie pour votre réponse détaillée et précise qui vous honore . Je ne peux que louer votre engagement et reconnaître vos réalisations.
Permettez-moi cependant, sans vouloir prolonger l'échange, d'apporter certaines précisions sur ce que je voulais dire et que j'ai peut-être mal exprimé.
Pour la facilité, je réponds dans votre message ci-dessous.
Nous serons à Arbaz la troisième semaine de janvier ; si le cœur vous en dit de trinquer à l’année nouvelle avec une Petite Arvine de Saviese, vous serez le bienvenu.
Bien cordialement,
Paul Delahaut
Le mer. 1 janv. 2025 à 20:41, Sebastien Travelletti <sebastien.travelletti@
Cher Monsieur Delahaut,
J’accuse réception de votre réaction qui a retenu toute mon attention.
En premier lieu, je vais vous répondre aux différents points soulevé mais je vous rappelle qu’Anzère Tourisme est société anonyme avec une délégation de service publique. Dans ce cadre, l’inspection des finances du Canton du Valais a contrôlé les comptes d'Anzère Tourisme de manière impartiale et sans complaisance y compris les flux financiers entre les différentes sociétés de la destination. Le rapport ne relève aucun manquement dans la gestion. De ce fait, vous pouvez toujours prendre contact avec eux si vous souhaitez avoir plus d’information.
C'est une bonne nouvelle et un motif de réconfort. Je vais demander à notre Président qui les avait sollicités en son temps de demander une copie de leur rapport d'inspection pour le partager avec les membres de l’Association.
Dans le cadre des flux financiers entre ATSA et Télé Anzère, la situation est très claire et limpide :
- Télé Anzère paie sa contribution de la TPT selon le règlement qui n’est pas favorable à Télé Anzère en relation aux autres sociétés de la destination et en rapport avec les autres destinations touristiques ;
- Télé Anzère paie un complément de CHF 25 000.00 TTC de TPT volontaire. Actuellement, Télé Anzère est le plus gros contributeurs de la TPT ;
- ATSA mandate Télé Anzère pour la gestion des remontées mécaniques du village. Télé Anzère facture au prix coûtant les salaires + un management fee de 5% qui est le minimum selon le droit suisse et la location du téléski.
- ATSA paie une contribution annuelle de CHF 75 000.00 TTC pour que les R2 bénéficie d’une réduction de 50% sur les tarifs estivaux de Télé Anzère
En conclusion sur ce premier point, Télé Anzère paie plus de contributions que ne bénéficie de « subventions » selon vos termes. Si ça ne tenait qu’à Télé Anzère, les remontées mécaniques du village seraient payantes afin de pouvoir dégager une marge d’exploitation qui n’est pas le cas actuellement.
Ce serait, selon moi, une bonne chose si les comptes de l’ATSA identifiaient comme vous le faites les flux in/ out et leur évolution d'année en année vers les opérateurs économiques de la station, et en particulier ceux qui sont actionnaires. Je ne doute pas que ces flux sont documentés et encadrés, mais on ne peut pas nier qu'à côté de ceux-ci, le gros des moyens de l’ATSA sont de fait principalement mobilisés sur la saison d’hiver et le domaine skiable et donc en faveur de Télé Anzère qui est le phare de la station et le plus gros opérateur économique. Est-ce que Télé Anzere rémunère correctement ces services reste un point de discussion, mais ce n'est pas l'essentiel, dès lors que tout est bien expliqué.
En deuxième point, vous déclarez que Télé Anzère est portée à bout de bras par les communes. Votre citation est totalement erronée. En effet, Télé Anzère a bénéficié de crédit pour la construction du nouveau télésiège en 2020 sans aucun cautionnement des communes. Aujourd’hui, les cautionnements ont été réduits à moins de CHF 2,8 mios soit équivalent au cash flow annuel actuel. De plus, Télé Anzère vient d’obtenir un financement bancaire et un crédit LERM/NPR de 11 millions sans aucun cautionnement externe pour le nouveau télécabine Les Grillasses - Le Bâté. Pour une société selon vous qui est bord du gouffre, nos instituons bancaires et étatiques en Suisse ont sûrement une interprétation totalement différente de votre expertise
Vous connaissez mieux que moi l'historique de Télé Anzère et vous savez les difficultés auxquelles elle a fait face dans un passé encore récent. Je sais pour l'avoir entendu d'une source fiable qu'il n'y a pas si longtemps la société était incapable de payer ses fournisseurs d'électricité. Mais c'est du passé. Vous relevez fort justement que la situation a été redressée et il est reconnu que c'est sous votre impulsion et votre management, et en particulier grâce au Magic Pass. Ce que je voulais dire, c'est que Télé Anzère est une société à capitaux publics, ce qui justifie une très large information du public. J'ai une objection de principe contre l'argument qui consiste à dire que l'information sur les comptes et les flux financiers est réservée aux actionnaires. C'est une réponse qui de plus suscite l'interrogation. Qu'y-at-il que les citoyens et contribuables ne puissent pas savoir, sous réserve de la protection vis à vis des concurrents ? En Belgique, par exemple, les comptes des sociétés commerciales sont en accès public, ce qui ne gêne personne, a fortiori pour les comptes des sociétés à capitaux publics. Si le redressement est un fait aujourd’hui comment sera-t-il pérennisé et à quel prix reste en discussion. La question de la soutenabilité du modèle économique se pose pour l'avenir, comme pour toute entreprise, avec les particularités liées au type d'activité fort saisonnière et dépendant de facteurs naturels. Mais là, je n'ai rien à vous apprendre, ni la prétention de le faire. J’imagine aussi que l’étude de Protourisme apportera des éléments de prospective.
En troisième point qui ne concerne ni ATSA ou Télé Anzère lorsque vous avez fait l’acquisition de votre bien sur la Commune d’Arbaz, je pense que vous aviez connaissance des taxes sur le patrimoine en Suisse. En tant que R2, vous bénéficiez de service de la Commune d’Arbaz comme les R1. Si je comprends bien votre analyse, vous souhaiteriez être propriétaire d’un bien en R2 mais ne payer aucun impôt. Je vous laisse traiter ce point avec la Commune d’Arbaz.
Loin de moi, l'idée de contester ce point et nous acquittons volontiers les impôts dus qui d'ailleurs augmentent régulièrement. Ce que je voulais dire, c'est que vous - en incluant avant tout les responsables politiques, notamment ceux qui disent et écrivent que nous devrions aller voir si l'air est meilleur ailleurs - ne peuvent pas ignorer les recettes provenant des impôts directs payés par les R2 et qui alimentent les ressources générales des communes. Par ceux-ci, les R2 contribuent proportionnellement à leur part au financement des politiques publiques et des investissements y compris dans le domaine touristique. Leur contribution ne se ramène pas à la seule TSF. Je pense que ce serait utile pour l'information de tous et pour favoriser un dialogue respectueux d'
En quatrième point, la TSF a été mise en place partiellement en été 2017. Afin d’offrir la gratuité au R2 en été, Télé Anzère a reçu pour les étés de 2017 à 2021 un montant de CHF 696 378,00 pour un nombre de client de 102 500 clients soit un revenu par client de CHF 6,79 par client. Ce revenu par client est clairement trop faible et même ridicule en comparaison des autres destinations. De plus, ce revenu avait un impact important dans la répartition des revenus du Magic Pass. Télé Anzère a clairement demandé l’arrêt de cette gratuité ou la mise en oeuvre d'une solution alternative. Depuis l’été 2022, ATSA a souhaité obtenir une réduction de 50%. Pour les 3 derniers étés, Télé Anzère a encaissé un montant de CHF 208 140.00. Le total de de chiffre d’affaires de 7 dernières exercices soit de 2018 à 2024 sans l’été 2024, le chiffre d’affaires réalisé par Télé Anzère est de plus de CHF 45 mios. Durant cette même période, le montant reçu par Télé Anzère pour des prestations offertes au R2 est de CHF 835 138.00 soit seulement 1,85% du chiffre d’affaires de Télé Anzère. Pour l’exercice en cours, le montant reçu sera sûrement inférieur à 1% du chiffre d’affaires. Cette analyse ne prend pas en considération les pertes de revenus au niveau du Magic Pass compte tenu du prix moyen ridicule d’Anzère Liberté. En conclusion, l’accord historique de la gratuité et aujourd’hui de la réduction de 50% n’est pas en faveur de Télé Anzère.
Je note que le chiffre de 1 million CHF de 2017 à 2024 de transferts financiers ( quote- part de Télé Anzère dans contre-valeur des Pass) est proche de la réalité. Personnellement, je pense que cette gratuité qui est devenue une demi-gratuité, limitée à une saison, est un pur gimmick et devrait être supprimée, moyennant bien entendu une réduction de la TSF. De nouveau le portefeuille électronique permettrait d'avoir la liberté d’affectation et la vérité des prix. Je comprends votre calcul mais je ne suis pas d'accord avec votre analyse et votre valorisation par client car elle néglige l’aspect de recette marginale, à coûts constants.
En cinquième point, je crois rêver quand vous dites que les coûts des véhicules d’entretien et du personnel y affecté est pris en charge par ATSA pour Télé Anzère. De nouveau, vous mélangez tous les sujets sans connaître les tenants et aboutissants. Le domaine skiable est entièrement à charge de Télé Anzère. Aucun montant n’est versé par ATSA. La zone du village est une zone d’activité gratuite dans le cadre du développement touristique. La prise en charge des frais d’exploitation est effectuée par ATSA. Une société privée n’a pas vocation à offrir des prestations sans aucun revenu. De plus, l’entretien des chemins pédestres est à la charge des Communes.
Ma compréhension était limitée et je vous remercie de cet éclairage. Je comprends que l'exploitation ( salaires , amortissements , biens et service divers, frais financiers...) du domaine skiable est entièrement à charge de Télé Anzère, sans transferts financiers par l'ATSA ( sans préjudice des "ventes" de Pass aux R2 )ou des communes ( sans préjudice des services connexes, comme la mobilité) pour cette exploitation , tandis que les installations au village sont exploitées par Télé Anzère sous un contrat de management à prix coûtant avec une marge convenue de 5%. Une présentation plus claire dans les comptes de l’ATSA pourrait être utile, ne pensez-vous pas ?
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En sixième point, nous n’avons aucune situation structurelle au sujet de la TPT. ATSA ne peut pas disposer de montants pour le marketing et la promotion hors des encaissements de la TPT. Ce point précis est strictement contrôlé par l’inspection des finances du Canton du Valais. Pour votre information, Télé Anzère dépense presque CHF 300 000.00 par année pour le marketing en plus des montants payés pour la TPT.
Ce que je voulais dire, c'est que les dépenses de marketing n'étaient pas entièrement couvertes par la TPT, contrairement à ce que Mme Dijkman a affirmé à plusieurs reprises. Vous confirmez mon analyse. Après, savoir si des dépenses de marketing aussi élevées sont justifiées et utiles c’est autre chose, de même savoir si c’est de la promotion ou du marketing ciblé pour certains bénéficiaires, cela se discute. Normalement les R2 connaissent bien la station et son environnement et un bon site d’informations avec des agendas mis à jour devrait leur suffire et dégagerait des moyens pour des choses moins « incorporelles » et sans doute favorables au renforcement effectif de l’attractivité.
En septième point, ATSA ne fonctionne pas comme bureau marketing pour Télé Anzère. Aujourd’hui, c’est exactement le contraire et vous pouvez le voir dans les comptes de Télé Anzère comme mentionné ci-dessus. Les R2 d’Arbaz bénéficie fortement de la destination d’Anzère et les 2 communes ont souhaité collaborer dans le développement commun de la région.
Ça se discute ( cfr l'étude UBS, et les études stratégiques périodiques pour relancer l'attractivité ) , mais on ne se mettra pas d'accord sur ce point : qui bénéficie de quoi et à qui ? Les lits froids ou chauds, etc... ?
En huitième point, le coût de la mobilité pour amener la clientèle et au domaine skiable a été pris charge par l’ATSA mais vous omettez de dire que la Commune d’Ayent verser un subside de CHF 140 000.00, une contribution de CHF 30 000.00 pour améliorer la mobilité et la Commune d’Arbaz un montant de CHF 20 000.00 en sus des TSF. Aujourd’hui, ces charges de mobilité ont été repris par les communes et ces dernières ne versent plus aucun subside. De ce fait, la situation est neutre. Les R2 n’ont jamais financé la mobilité.
J'ai bien noté cette clarification qui était souhaitable et va dans le sens d'une meilleure lisibilité des comptes et d’une plus grande légalité des affectations. Une partie du problème que je voulais mettre en évidence, c’est l’absence de cohérence d’année en année sur certains postes du budget qui démontre, selon moi, un manque de réflexion sur la nature d’une taxe de répartition comme la TSF en se réservant une marge d’appréciation discutable, rendant le contrôle difficile. Vous savez d’ailleurs qu’avant votre prise de fonctions, il a fallu extourner des écritures de fin d’exercice des mouvements sur des financement communaux. En l’occurrence avec la TSF et ses conditions de prélèvement imposées par la Loi sur le Tourisme, poche gauche et poche droite, ce n’est pas la même chose, convenons-en.
En neuvième point, vous plaidez pour une privatisation de Télé Anzère qui est déjà le cas comme c’est une société anonyme et surtout que si un investisseur est intéressé, la Commune d’Ayent serait sûrement ouverte à vendre un partie de ses actions.
A mon avis, c'est un point sur lequel des experts comme Protourisme pourrait être utile et vont s'exprimer sans doute dans leur étude stratégique. Ce serait évidemment souhaitable, de mon point de vue.
En dixième point, vous demandez le remplacement du Pass par un portefeuille électronique. Malgré toute notre bonne volonté, la situation juridique actuelle de la loi sur le tourisme ne nous permet pas la mise en place de ce portefeuille électronique. Les services juridiques du Canton du Valais nous l’interdisent.
C'est un point sur lequel j'aimerai que l'on se rencontre. Je n'aperçois pas l'objection sous l'angle juridique. Je pense que l'administration cantonale veut éviter un précédent.
En onzième point, je suis bel et bien président de Télé Anzère et président d’Anzère Tourisme. Les 2 sociétés sont indépendantes et leur gouvernance aussi. Personnellement, je ne peux jamais agir individuellement. En plus en tant que CEO d’une société agrée par la FINMA, je connais très bien la bonne gouvernance et je la respecte.
Je suis sûr que vous êtes scrupuleux et attentif à cet aspect. Le point est que les R2 (la société civile, comme on dit aujourd’hui) sont insuffisamment représentés et mal d'ailleurs dans l'ATSA.
En conclusion, j’espère que je vous ai éclairé un peu plus sur la situation mais surtout je ne comprends pas votre acharnement sur les différentes sociétés de la destination. Je vous transmets le dernier rapport de gestion de Télé Anzère où vous trouverez le détail des chiffres présentés ci-dessus.
Très sincèrement, je ne suis pas acharné contre mais pour. Contre personne, certainement pas en particulier, sauf le règlement sur la TSF, les promesses non tenues, les consultations bidon, les règlements bâclés, le traitement inégal fait aux périphéries, les dialogues refusés, les cadeaux factices, les redistributions complaisantes etc.... Ce règlement est mal ficelé et n'est pas établi ni appliqué conformément à la Loi sur le Tourisme. Je ne souhaite que la prospérité de Télé Anzère, le rayonnement de la station ce qui nécessite une autre politique et probablement d’ajouter de nouvelles personnes autour de la table pour éviter les inconvénients de l'entre soi. Quant à l'avenir de la station et au business model, il y a d'autres avis que le mien, tout aussi respectables et c'est l'histoire qui départagera les opposants ; comme résident étranger (de Schengen quand même), je ne suis pas chez moi et je n'ai pas accès à la sphère politique, je paye mes impôts et j’aiguise ma plume, en m’efforçant de rester courtois, et je veille au patrimoine que nous avons investi et entretenu depuis 25 ans.
Je vous remercie pour vos vœux et vous transmets aussi les miens.